Covid session

Enrique Pardo

400 × 300 mm
(image: 304 × 204 mm)
Tirage fine-art pigmentaire sur papier baryté
Édi­tion ouverte
Publié en 2021

Je ne suis pas de ceux qui s’épanchent à la pre­mière occa­sion. Qua­tre mois après le grand con­fine­ment, je décou­vre une nou­velle rela­tion au silence. Je me croy­ais en paix avec mon intro­ver­sion et je décou­vre au con­traire ses tra­vers. Le Covid m’a pré­cip­ité dans un gros vide. Je n’ai qua­si­ment plus de revenu, pas de caisse d’or à la cave, je ressens de la douleur sociale et après trente années à servir loyale­ment l’économie, j’ai été classé arbi­traire­ment par nos autorités comme « non essen­tiel ». Néan­moins, j’ai con­science de demeur­er un priv­ilégié en com­para­i­son de la majorité du monde. Être sous le seuil de pau­vreté suisse, il y a pire… Je me sens recon­nais­sant d’être ici et en même temps hon­teux. Hormis quelques angoiss­es qui me sem­blent légitimes, je me sens étrange­ment sere­in et mon esprit n’a jamais été aus­si présent et con­fi­ant. Je soulève l’hypothèse que ce serait un effet de la médi­ta­tion et de toutes ces années passées sans rater une seule ses­sion mati­nale. Les inquié­tudes ambiantes cherchent con­stam­ment à me con­va­in­cre que la tra­ver­sée du désert sera longue, mais je n’arrive pas à le voir ain­si, car j’ai pris la lente habi­tude d’aborder chaque matin comme un début incertain.

Extrait de la série: this. was my 2020


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